Publié dans Education

Parler de la mort avec son enfant…

Parler de la mort à Big boy…. Mettre en mots et l’accompagner dans cette prise de conscience, ça nous a fait grandir aussi face à cette inévitable finalité…

Parler de la mort c’est jamais facile..enfin …pour nous autres adultes.

On a souvent une sorte de gène, de peur… comme Voldemort dans Harry Potter :  il ne faut pas prononcer son nom, à peine l’évoquer, en parler à demi-mot!!!

Alors on utilise des formulations évasives:  « parti »,  « décédé » ou des métaphores  « endormi pour toujours », »avec les étoiles », « monté au ciel », « au paradis »…bref… tout sauf le mot mort. C’est tabou.

Beaucoup dirons qu’il faut protéger les enfants, ne pas leurs dire la vérité, la triste vérité…ou qu’ils sont trop petits, qu’ils ne peuvent pas comprendre le concept de mort….

Mais je pense que c’est plutôt nous, adulte, que ça dérange, nous qui sommes prompts à nous voiler la face, à omettre pour nous même notre propre fin. Nous qui sommes incapables d’accepter la mort.


S’interroger sur nos principes et donc nos objectifs afin d’agir en respectant nos valeurs.

Je me suis donc posée la question : « est ce que je veux transmettre à mon enfant ce tabou? » « est ce que je veux cacher une vérité, certes désagréable, à mon enfant? » « est ce que je veux l’éduquer avec des œillères ou bien dans la lumière de la vérité, certes dure, mais bien réelle? » En gros, « est ce que toute vérité est bonne à dire? »

Ma réponse et celle de mon mari est oui, toute vérité est bonne à dire…à adapter en fonction de l’age et de la maturité de son enfant bien sur.

Nous ne voulons pas cacher le monde réel à nos enfants, nous pensons que « savoir » est mieux que de ne pas savoir ou faire semblant de ne pas savoir. Que c’est le « savoir » qui rend libre et nous voulons des enfants libres.

Si nous regardons notre propre enfance, nous pouvons l’un comme l’autre nous apercevoir que nous avons souffert de non-dits sur la mort. Adultes, nous avons encore des difficultés avec cette réalité qu’est la notre : notre fragilité et notre fin future, plus ou moins proche, à une date inconnue de nous.

Nous avons décidé, que notre rôle de parents, serait d’accueillir les questions de nos enfants sur la mort, mais aussi sur les travers de l’être humain, à chaque fois que nous serions sollicités et avec le plus de franchise possible.

La première fois que Big boy a évoqué la mort il avait un peu plus de 2 ans, à la mort du chien des grands parents.

Il a eu des phrase tel que  : « mais tu vas mourir aussi maman? » « et papa? » « je veux pas que tu meures »…il pleurait et tout…

A tel point que nous nous sommes demandé (deux secondes) si nous avions bien fait d’en parler aussi ouvertement.

Mais voila, Big boy, qui n’était alors que Baby boy, avait pris conscience de « la mort ». Aurions nous du lui cacher la vrai vérité? aurions nous du user de métaphores incompréhensibles? ou encore lui dire qu’il était trop petit?

Bien sur que non!

Alors, on a expliqué, du mieux qu’on pouvait. Que oui, on allait mourir, mais qu’on espérait que ce soit le plus tard possible.

Nous avons à ce moment là expliqué qu’en général les vieux meurt avant les jeunes, donc, pour nous, pour toi, la mort c’est dans longtemps…J’avoue que nous n’avons été tout à fait honnête mais à 2 ans, nous avons pensé que c’était suffisant comme information.  Longtemps, nous avons dit que les personnes très âgées et en plus malade mourraient en premier.

Big boy a donc fait un classement des personnes qui devaient mourir en premier. Il a aussi déduit, qu’il mourrait avant son frère car il est né après lui… Oui, ça peut sembler étrange ce genre de discussion dans la bouche d’un enfant de 5 ans….mais en même temps ça nous semble naturel maintenant.

Et puis mon père est mort. Nous avions déjà depuis longtemps parlé de la maladie, que les mots s’emmêlaient dans la tête du papy…qu’il était très vieux et très malade.

Big boy me demandait si il allait bientôt mourir. Ce à quoi je répondais qu’on pouvait pas savoir. Qu’on ne sait jamais quand la mort peut venir.

Je pense qu’a ce moment, Big boy était bien préparé. Il avait 4ans et il a pu en parler et même me réconforter quand il a vu ma peine.

Il s’est montré très pragmatique :

« ça me fait pas trop de peine car il était pas très sympa a cause des mots qui s’embrouillaient dans sa tête »

« ah bah c’est bien! mamy va pouvoir venir chez nous! elle fera plus de papy sitting »

« est ce que mamy va trouver un autre mari pour pas être seule? »

Bizarrement, le fait d’en parler nous a libéré d’une parole non dite. Ça aide a faire la paix avec la mort, à l’accepter un peu plus, à la considérer comme naturelle, faisant partie de la vie.

Big boy parle de la mort régulièrement et avec beaucoup de sérénité. « Bah oui c’est comme ça c’est la vie »…

Il a accepté la mort des gerbilles, les a enterrés tranquillement, avec un peu de tristesse mais pas dévasté.

Au cours de cette année, nous avons côtoyé la mort à plusieurs reprises. La mort des parents de son tonton de cœur nous a beaucoup touché, nous lui avons parlé de la tristesse de son tonton, de la notre. Nous avons parlé de nos sentiments, lui des siens.

Nous avons parlé des attentats de Charlie également. Exprimer notre émotion, la mettre en mots afin que ne plane pas notre tristesse, notre révolte non dite comme une ambiance pesante et incomprise, qui pourrait être mal comprise. Expliquer que des personnes peuvent tuer d’autres personnes, que nous devons nous battre pour notre liberté…

Et puis, un épisode particulièrement choquant est arrivé à la fête de fin d’année de l’école. Une grand mère d’un de ses bon copain est morte dans la cour, devant la scène de spectacle.  La fête a été annulée, les enfants n’ont rien vu car ils étaient en classe en train de se préparer pour le spectacle. Mais il a bien fallu expliquer le pourquoi de l’ annulation.

Big boy était triste pour son copain, pour les parents de son copain. Il n’a pas été traumatisé mais il en a beaucoup parlé et à également reparler de son papy.

Encore une fois, il s’agissait d’une vielle dame donc c’était compréhensible. Pour nous aussi d’ailleurs, malgré le choc que cela ce soit produit dans la cours de l’école.

Nous avons pu relativiser et éprouver de la sérénité face à cette mort. Une belle mort au demeurant, car cette femme était entourée de joie à ce moment là, de ses petits enfants heureux et de ses arrières petits enfants. Le tout dans un esprit de fête!! j’avoue que je veux bien la même mort!! une mort entourée de l’amour et la joie de mes proches et en plus rapide, sans m’en rendre compte!

Mais quand le malheur frappe un bébé, un bébé bientôt né…une promesse d’avenir, de joies futures?

Malheureusement, cette perte effroyable est arrivée à des amis intimes.  Comment faire pour en parler à Big boy?

Nous avons attendu un peu avant d’aborder le sujet avec Big boy, une journée, pour réussir à mettre des mots sur cette mort, pour réussir à parler sans s’effondrer. Mon mari a su trouver les mots juste sur cette mort injuste, brutale, inattendue. Il a dit notre peine, il a dit que le bébé n’avait pas eu la force d’arriver au bout de la grossesse.  Nous lui avons expliqué notre immense peine mais aussi notre espoir que nos amis aient un bébé bientôt, un bébé assez fort pour arriver au bout de la grossesse et pour devenir un beau bébé comme son petit frère.

Je pense que ce qui est très important c’est aborder la mort en parlant de nos sentiments, et puis en expliquant que les personnes mortes restent dans nos cœurs. Que le souvenir qu’on a d’elles est précieux.

Je pense que c’est important de ne pas rester sur la tristesse du deuil mais de parler aussi de l’amour qui reste en nous grâce aux jolis moments vécus avec la personne. C’est important de penser aux personnes mortes, de sentir leur amour dans nos cœurs, qu’elles seront de cette manière toujours près de nous.

-« Big boy, quand je serai morte, je serai toujours dans ton cœur, prés de toi ».

-« Mais maman je pourrais te parler? « 

-« Et bien…oui, bien sur que tu pourras me parler, penser à moi, parler de moi »

« Mais et toi? tu pourras me parler? « 

(Rhha, nardine de nardine!! il pourrait pas être moins perspicace^^)

-« Non, je ne pourrai pas te parler, mais je t’aimerai toujours, même morte.

C’est la question  » qu’y a-t-il après la mort? » qui n’est pas la plus simple… Alors j’ai fait avec mes croyances, ou mes absences de croyances. J’ai dit que je crois en l’âme, que la bonté de notre âme fait partie d’une force de vie.

« comme les Jedi dans star wars et le bon coté de la force? « 

-« oui, voila c’est exactement ça Big boy! « 

Je lui ai aussi parlé des croyances d’autres personnes. De dieu. Que des personnes pensent que les morts vont au paradis.

-« et toi maman, tu crois que dieu existe? « 

-« Non, je ne crois pas, personne n’a jamais vu dieu, je pense que si dieu existait on l’aurait déjà vu, mais en même temps, parfois on ne voit pas quelque chose et cette chose existe quand même ».

J’essaie de détacher la notion « de dieu » de celle de la religion, car je suis pas tendre avec les religions et je n’y accorde aucun crédit. Nous avons déjà parlé des différentes religions mais de manière informative après la visite d’une église.

Donc en gros ce qu’on fait chez nous pour parler de la mort :

-parler vrai, avec des mots adaptés a notre enfant (il y a pleins de livre qui abordent le thème)

-répondre aux questions sans anticiper

-parler de nos sentiments et écouter les siens

-parler de nos croyances et de celles des autres afin qu’il puisse trouver un reconfort et se faire son opinion.

Et vous? arrivez vous à parler de la mort  avec vos enfants?

Pour aller plus loin :

Des livres pour enfants :

http://www.amazon.fr/Au-revoir-Blaireau-Susan-Varley/dp/2070632350

http://www.decitre.fr/livres/on-a-plante-meme-9782268057187.html

http://www.amazon.fr/Un-noeud-%C3%A0-mon-mouchoir/dp/2745938487 

 

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